Tout le monde autour de toi veut connaître le sexe du futur bébé, son prénom, si tu comptes arrêter de travailler pour t’en occuper. Mais personne ne te demande si tu as calculé combien tu vas toucher pendant ton congé. J’aurais vraiment aimé que quelqu’un me pose cette question avant la naissance.
Le choc que personne n’anticipe
Quand j’étais enceinte de mon premier, j’avais vaguement en tête que je toucherais « à peu près mon salaire » pendant mon congé maternité. Cette idée, je ne sais même plus d’où elle venait. Peut-être que j’assumais de facto que je n’aurai pas de perte de salaire puisqu’une femme enceinte est censée être « protégée » au niveau professionnel.
La réalité : j’ai touché environ 10 à 15% de moins que mon salaire habituel. Pas catastrophique, mais assez pour que les premiers mois soient compliqués à gérer si on ne l’a pas anticipé.
Pour mon deuxième, j’ai fait le calcul avant.
Dans cet article, je t’explique comment calculer tes indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) pendant le congé maternité — avec la formule exacte, un exemple chiffré, et les spécificités selon ton statut.
Note : les montants indiqués sont ceux de 2026. Ils sont révisés chaque année.
Sommaire
- C’est quoi les IJSS de maternité ?
- Les IJSS, c’est pour tout le monde ?
- Le calcul pas à pas (salariée CDI)
- Le maintien de salaire employeur
- Les indemnités journalières des fonctionnaires
- Le cas des cheffes d’entreprise
- Le cas des conjointes collaboratrices
- Comment anticiper concrètement
Les Indemnités journalières de maternité : de quoi parle-t-on ?
Pendant ton congé maternité, tu ne perçois plus ton salaire (sauf si ton employeur pratique la subrogation, mais on y reviendra plus tard).
À la place, la Sécurité Sociale verse des Indemnités Journalières (les fameuses IJSS : Indemnités Journalières de Sécurité Sociale) qui viennent remplacer une partie de tes revenus.
Ces indemnités sont calculées sur la base de ton salaire brut des 3 derniers mois précédant le début du congé, plafonnées à un montant maximum défini par la loi (le plafond mensuel de la sécurité sociale, soit 4 005,00 € au 1er janvier 2026) et soumises à des prélèvements sociaux.
Résultat : dans presque tous les cas, tu touches moins que ton salaire net habituel. La différence peut être compensée partiellement par ton employeur (le fameux « maintien de salaire »), si ta convention collective le prévoit.
Le truc un peu particulier aussi, c’est que ces indemnités ne te sont pas versées mensuellement. Je t’en parle également dans cet article.
Les IJSS, c’est pour tout le monde ?
Oui…Et non.
Tu dois t’en douter, comme beaucoup de choses le versement des IJSS est soumis à quelques conditions. Ces conditions sont relatives à ton temps de travail, au salaire perçu, et à tes cotisations retraites. Je t’explique tout ça en détail.
Si tu es salariée, tu peux percevoir les IJSS de la part de la CPAM si tu remplis ces conditions :
Tu travailles en continu :
– Être sous contrat salarié depuis un minimum de 6 mois.
OU
– Avoir travaillé au minimum 150h sur les 3 mois précédant le congé maternité
>> Si ton congé maternité débute le 1 juin 2026, tu dois avoir travaillé au minimum 150h entre le 1er mars et le 31 mai 2026.
OU
– Avoir perçu 1015 fois le SMIC Horaire au cours des 6 mois précédant le congé
>> Soit une rémunération brute de 12 200,30 € (1 015 x 12,02 € le montant du SMIC horaire brut au 1er janvier 2026)
Si tu travailles en intérim, en contrat saisonnier, ou que tu enchaînes les CDD tu dois :
– Avoir travaillé au minimum 600h sur les 12 mois précédant le congé
OU
– Avoir perçu 2030 fois le SMIC Horaire au cours des 12 mois précédant le congé
Ce n’est plus la CPAM mais France Travail qui peut alors te verser des indemnités journalières. De la même manière que pour une salariée, il y a des conditions à remplir.
Tu pourras toucher des IJSS si :
– Tu perçois une allocation chômage de France Travail (ex-Pôle emploi) ;
– Ou si tu en as perçu une au cours des 12 derniers mois ;
– Ou si tu as cessé ton activité salariée depuis moins de 12 mois.
Bien entendu, le versement des IJSS n’est pas cumulable avec ton allocation France Travail, mais la bonne nouvelle c’est que ton congé maternité met en pause ton allocation chômage et reporte d’autant ta durée d’indemnisation chômage.
La base de calcul des indemnités journalières reste la même = les 3 salaires précédant le congé maternité pour un temps plein, ou les 12 derniers mois pour un travail d’intérim ou saisonnier.
Le calcul d’IJSS pas à pas : salariée du privé
Étape 1 — Calculer ton salaire journalier de base
Additionne tes 3 derniers bulletins de salaire brut (avant les charges).
Multiplie par 79% et divise par 91,25 (3 mois = 91,25 jours en moyenne).
C’est ton salaire journalier de base.
Exemple concret
Salaire brut mensuel : 2 400€
3 mois cumulés : 2 400 × 3 = 7 200€
Salaire journalier de base : 7 200 *79% ÷ 91,25 = 62,33€
Autre mode de calcul :
SJ de base 7 200÷ 91,25 = 78,90€
IJSS brute : 78,90 -21% (forfait cotisations sociales) = 62,33€
Étape 2 — Appliquer le plafond CPAM
Ton indemnité journalière brute est plafonnée. Depuis le 1er janvier 2024, le montant maximum de l’indemnité journalière maternité est de 104,02 € par jour après déduction des charges (CSG et CRDS). Le plafond est logiquement révisé chaque année en janvier mais comme tu pourras le vérifier sur ameli.fr, il n’a pas bougé depuis 2024.
Si ton salaire journalier de base est en dessous de ce plafond, tu prends la valeur calculée à l’étape 1.
Étape 3 — Déduire les prélèvements sociaux
Les IJSS ne sont pas exonérées de tout. On déduit la CSG (6,2%) et la CRDS (0,5%) de l’indemnité brute.
Suite de l’exemple
IJSS journalière brute : 62,33€
CSG/CRDS (6,7%) : − 4,17€
IJSS nette par jour : 58,16€
IJSS nette par mois (30 jours) : environ 1744,80€
Pour un salaire net habituel avant impôt de 1900€ : différence de − 155€/mois
C’est souvent là que le choc arrive. Ce n’est pas une catastrophe, mais une différence réelle qui doit être anticipée, surtout pour un congé de 16 semaines.
D’autant que ces indemnités journalières de sécurité sociale ne sont pas versées mensuellement mais environ tous les 14 jours. Logiquement sans délai de carence, c’est-à-dire qu’elles sont versées dès le premier jour du congé maternité, mais dans les faits, si tu pars en congé maternité mettons le 17 du mois, tu recevras ton salaire avant de percevoir tes IJSS.
Cette nuance dans la périodicité du versement peut réellement venir impacter ton budget, il est donc important de l’anticiper au mieux !
Le maintien de salaire : tout ce qu’il faut savoir
Bonne nouvelle : beaucoup d’employeurs complètent les IJSS pour que tu touches l’équivalent de ton salaire net à 100%.
Mais ce n’est pas systématique : cela dépend de ta convention collective et de la pratique de l’entreprise. Je ne vais pas te noyer sous les détails, mais c’est ce souvent qu’on appelle la subrogation : tu ne touches pas directement les IJSS, c’est ton employeur qui les perçoit à ta place avant de te verser ton salaire de manière habituelle.
Les conventions qui prévoient généralement un maintien total ou partiel : Syntec (informatique, conseil), banque et assurances, commerce de détail (variables), métallurgie. Les professions sans convention collective ou avec des accords moins favorables peuvent ne prévoir aucun maintien.
Il est donc important de te renseigner à l’avance : consulte ta convention collective (numéro IDCC sur ton bulletin de salaire) qui est logiquement disponible soit sur un tableau d’affichage dans ton entreprise, soit dans le bureau du service RH.
C’est ton droit de le savoir, et ils ont l’obligation de te répondre.
Et si tu es fonctionnaire ?
Les fonctionnaires bénéficient d’un congé maternité avec maintien intégral du traitement (ton salaire de base). Pas d’IJSS calculées à partir d’une moyenne : tu touches ton salaire normal.
Les primes et indemnités sont également versées en totalité, que ce soit le SFT (supplément familial de traitement si tu as déjà des enfants), la NBI (Nouvelle Bonification Indiciaire, si tu la touche) ou l’indemnité de résidence.
Attention cela n’est valable que si tu es fonctionnaire stagiaire ou titulaire. Si tu travailles pour la fonction publique sous contrat CDD ou CDI, tu dépends du régime général et tu perçois donc les IJSS comme les salariées du privé.
IJSS maternité pour les indépendantes
Si tu es affiliée au régime général de la CPAM (cas le plus fréquent pour les micro-entrepreneuses), tu pourras percevoir des indemnités journalières sous certaines conditions : avoir cotisé un certain temps avant le début du congé, et justifier d’un certain niveau de cotisations.
Les conditions principales : justifier de 6 mois d’affiliation à la date prévue de ton accouchement ET tu dois cesser toute activité professionnelle pendant au moins pendant 8 semaines dont 6 après l’accouchement.
Le calcul est plus complexe que pour les salariées : l’idéal est de contacter directement ta CPAM ou d’utiliser un simulateur dédié. Tu en trouveras un sur ameli.fr.
Je vais quand même t’indiquer les indemnités qui pourront t’être versées, et qui sont au nombre de deux :
– une allocation forfaitaire de repos maternel ;
– des indemnités journalières.
Cette allocation complémentaire aux indemnités journalières est versée en 2 fois : la première moitié au moment où tu cesses ton activité, la seconde à la fin des 8 semaines de cessation d’activité.
Son montant est basé sur la valeur mensuelle du plafond de la sécurité sociale (le PMSS dont on a parlé en début d’article, soit 4 005,00 € au 1er janvier 2026).
Attention ! Si ton revenu annuel moyen des 3 années précédentes est inférieur à 4582€, le montant de l’allocation forfaitaire de repos maternel passe alors à 10% du PMSS, soit 400,50€.
Dans la limite des 16 semaines légales de congé maternité (pour un premier ou un deuxième enfant), les indemnités journalières forfaitaires sont versées pour chaque jour de cessation d’activité.
Leur montant est calculé en fonction de tes revenus cotisés transmis par ton Urssaf à la CPAM.
Ce montant ne peut pas dépasser une certaine valeur du PMSS en vigueur à la date prévue du premier versement, soit 65,84 € au 1er janvier 2026.
Tu es conjointe collaboratrice
Quand bien même tu collabores de manière journalière dans l’entreprise de ton conjoint, ce statut est un peu précaire puisqu’en tant que conjointe collaboratrice, tu ne touches aucun salaire. Cela dit, en cas de grossesse, tu peux tout de même percevoir des prestations de maternité.
Pour cela, il y a 3 conditions à remplir :
– Ton conjoint doit justifier de minimum 6 mois d’affiliation URSAFF à la date présumée de ton accouchement
– Tu dois cesser toute activité professionnelle pendant 8 semaines minimum, dont 6 après l’accouchement
– Tu dois te faire remplacer par du personnel salarié
Les indemnités auxquelles tu as droit en tant que conjointe collaboratrice :
– L’allocation forfaitaire de repos maternel, comme les cheffes d’entreprise.
– L’indemnité de remplacement : c’est également une indemnité journalière, versée pour chaque jour de cessation d’activité. Son montant est égal au coût réel de ton remplacement, dans la limite d’un plafond fixé à 65,11€ au 1er janvier 2026.
Quel que soit ton statut, ces indemnités sont soumises à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux (CSG et CRDS).
Tu es cheffe d’entreprise ou conjointe collaboratrice et tu viens d’apprendre que tu es enceinte, je t’invite à consulter le carnet maternité dédié à ta situation, fourni par la sécurité sociale. Tu y trouveras toutes les informations utiles ainsi que des formulaires à transmettre à la CPAM pour faire tes demandes d’indemnités.
Carnet maternité pour les cheffes d’entreprise
Carnet maternité pour les conjointes collaboratrices
Comment anticiper concrètement
- Calcule ton IJSS réelle dès le 5e mois de grossesse (pas au dernier moment).
- Demande à ton service RH si ta convention prévoit un maintien de salaire (si tu es salariée)
- Estime l’écart entre ce que tu toucheras et tes charges fixes mensuelles.
- Si écart significatif : commencer à mettre de côté plusieurs mois avant ton départ.
- Ne compte pas sur des rentrées incertaines (heures supplémentaires, primes variables) pour combler l’écart.
Pour que ce calcul soit simple et automatique, j’ai créé un simulateur Google Sheets qui fait tout ça à ta place : avec trois onglets selon ton statut, un budget mensuel du congé, et un calcul des économies recommandées avant le départ.
Le Kit Congé Maternité : simulateur + guide des droits + templates
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➡ laboiteamaman.fr/ressources
Tu as une question sur ton cas particulier ? Laisse un commentaire ci-dessous — j’essaie de répondre à toutes les questions dans les 48h.